Petit hors sujet généalogique. Allez savoir pourquoi j'affectionne les histoires d'arbres, alors juste pour le plaisir en voici une que j'affectionne :

 

LE VIEUX FRED

Droit dans ses roches, le vieux Fred domine la plaine. Il se dresse là depuis presque un millénaire, sans que personne ne sache comment il a pu se développer ainsi dans ce milieu minéral. Son tronc noueux sort du grès après avoir traversé grottes et cavernes et ses racines se perdent encore plus loin sous terre... pierre ou mer. Certains disent même qu’elles descendent jusqu’aux enfers. D’un autre côté, celui du ciel, sa cime vole tellement haut que les vieux d’ici disent qu’un jour il a tutoyé un ange. Le vieux Fred est un arbre de légendes, sa longue existence est jalonnée de mille et mille histoires qui circulent aussi loin que poussent ses racines ou montent ses branches … Dieu seul (à moins que le diable…) sait jusqu’où. Et chacune de ses ramures porte un conte.

La masse imposante du vieux Fred paraît défier les éléments et en premier lieu le vent devant lequel il ne plie pas comme un roseau…Et pourtant, entre Eole et ce chêne d’exception un accord parfait s’est noué. Brises, rafales, tempêtes, passent à travers la multitude des branches du vénérable sans l’égratigner et, certains soirs, le souffle divin, fait vibrer le roi végétal qui se met à chanter. Nul n’a pu expliquer ce phénomène. Personne d’abord ne peut dire ce qui crée la mélodie. Aucun vent en particulier (tous peuvent faire naître la musique ou laisser muet l’auguste chêne), aucun  moment  de l’année ne semble plus propice qu’un autre. La conjonction musicienne se produit de manière aléatoire et magique. Mais ce n’est pas là le plus grand mystère… Ceux qui ne connaissent pas la région et qui entendent pour la première fois la mélopée du vieux Fred pensent vraiment qu’un humain  chante et demandent qui a cette voix merveilleuse.

“ - Au vieux Fred !  leur rétorque-t-on le plus souvent,

- Pouvez vous nous le présenter ? ,

- Il est devant vous ! ” répond-on en désignant le tronc massif.

Personne ne veut le croire, au début. Au début seulement, parce que de mémoire d’homme, on a toujours entendu chanter ce bon vieux Fred. Sa renommée a même dépassé les frontières et nombreux sont les gens qui viennent jusqu’à son pied pour l’admirer, l’écouter ou lui confier… des bébés. En effet, la tradition dit qu’un enfant de moins de six ans, placé dans le creux du chêne musicien, aura une voix magnifique si le soir le Vieux Fred  le berce de son chant mélodieux.

Tous les 29 février, les enfants remarqués viennent lui rendre une partie de ce chant qu’il redistribuera comme le soleil ses rayons, sans qu’il lui manque une seule note le soir. Hier nous étions des milliers en chorale en son honneur, ténors, divas, chanteuses de fado ou de blues, chanteurs des rues ou d’opéra, rappeurs ou chanteurs traditionnels de Bretagne, d’Ombrie ou du Lac rose. Nous avons chanté tout le jour, et le soir, de sa chaude tessiture, le vieux Fred nous a répondu… Emus jusqu’au plus profond de nos êtres, nous avons mêlé nos voix humides à la sienne. Et mon frère m’a dit qu’alors sur le tronc de notre père de musique il avait vu couler la sève d’une larme.